Ca y est, je suis seule

Ça y est, je suis Seule

Ca y est, vous êtes seule. Vous n’allez pas pleurnicher ni À vous lamenter. Ouvrez bien grand la fenêtre, respirez et foncez. Demain ou l’année prochaine, vous le rencontrerez, celui avec qui vous allez repartir pour un tour. Sans refaire les mêmes erreurs. De toute façon, vous aurez de l’expérience. En attendant, faites-vous légère. Pendant cette période où vous n’aurez plus de comptes à rendre, plus d’angoisse de menus, vous allez vivre le quotidien de la célibataire version 2016. On choisit rarement ce mode de vie pour les plaisirs et les joies qu’il procure — sans doute parce qu’on les ignore ! Mais, une fois qu’on y a goûté, qu’on en connaît les avantages et les inconvénients, on est moins fascinée par le mythe du couple et on se répète gaillardement : « Mieux vaut seule que mal accompagnée. » « Tu as raison », approuvent les mariés.

Qui, pourtant, restent intimement convaincus que Ton n’a encore rien trouvé de mieux que le couple. Ont-ils raison, ou tort. Peu importe. Quand les circonstances de la vie font que l’on ne sort qu’une tasse pour le petit déjeuner, autant se régaler de son café au lait plutôt que de pleurnicher tous les matins dedans. Reste une vérité d’évidence : être seule et épanouie dans un monde qui fonctionne sur le mode de l’hydre à deux têtes, cela étonne et cela détonne encore en 2016.

Je suis seule

Les autres et leurs questions

Dès qu’on est seule sans avoir l’air malheureux, les autres trouvent cela suspect. Éviter de parler de sa solitude peut être une attitude sage et efficace si l’on redoute la férocité d’autrui. Autrui, celui qui vous veut du bien et qui pose toujours les questions auxquelles on n’a pas de réponse. Il vaut donc mieux porter sa solitude avec allégresse. Quitte à provoquer. Sans oublier le complément parfait du célibat : l’humour. Autrui a envie de vous voir casée. Ou recasée, selon le cas. Parce qu’autrui vous aime bien, évidemment, autrui vous reposera mille fois la même question. Elle vous bercera, comme une ritournelle. Vous agacera ou vous fera sourire, selon l’humeur du moment. Mais elle reviendra, lancinante, tant que vous n’aurez pas imposé votre manière d’être. Qui est, pour l’instant, de ne pas être deux.

La première fois, on en reste abasourdie. On ne comprend pas. Mais comme l’interpellation « Quand est-ce que tu refais ta vie ? » s’adresse à une rescapée du couple, on subodore vaguement ce que cela signifie. On se demande si on ne va pas miauler en guise de réponse. Ce sont les chats, n’est-ce pas, qui ont neuf vies ? Peut-être s’est-on muée en féline sans y avoir pris garde ? A en juger par l’expression de celles qui sont confrontées à cette question pour la première fois, la métamorphose animale prend généralement une autre tournure. Bouche ouverte et élégamment arrondie, oeil de merlan frit : le spectacle vaut son pesant d’or. Non, ce qu’autrui vous demande, c’est : « Quand vas-tu installer un nouveau monsieur à temps complet dans ta vie ? » Traduction : « Avec l’ex, tu as « fais ta vie », maintenant tu ne « fais » plus rien du tout. Tu es en sursis. Dans l’antichambre de la mort, de la transparence. Dans la non-vie. » Sans vouloir exagérer, autrui sait comment s’y prendre pour vous faire basculer dans une fureur dévastatrice. Ou dans le cafard, ce qui ne vaut guère mieux. La réponse dépend, en fait, du degré d’intimité que vous entretenez avec le (ou la) tortionnaire, et de l’état dans lequel vous vous trouvez. L’agressivité n’est pas interdite, au contraire. La question est brutale, et elle-même agressive. « Et toi ? » peut décontenancer l’adversaire. S’il a deux grammes d’intelligence, il se rendra compte de l’absurdité de sa question. Sinon, il (ou elle) rétorquera par un « Mais moi je suis marié » comique, et un regard éloquent suffira alors à lui faire comprendre l’erreur,

Sentez-vous le compliment sous-jacent de l’interrogation ? La critique sociale ? La perversité verbale ? Comment, vous avez choisi de vous prélasser en diagonale sur un matelas de 1,40 mètre toutes les nuits… Vous devez sûrement traîner une kyrielle d’amoureux et d’amants éplorés ! A quoi bon, sinon ? Haïssables, les vieux copains, dans ce genre de circonstances. Encore une fois, la parade tient de la technique psychanalytique et du boomerang.

Attention, si vous n’enrayez pas dès le début cette logorrhée, les questions se feront vite pernicieuses : « Je t’admire. Comment fais-tu pour vivre seule ? » Ou encore : « Tu n’as vraiment pas réussi à trouver chaussure à ton pied ? » Admirablement valorisant pour le chausse-pied avec lequel vous aurez peut-être envie, un jour, de faire un bout de chemin…

Les enfants, il faut en avoir, et les avoir avec le paquet- cadeau qui va de pair : un Homme. Ne vous laissez pas culpabiliser et envoyez paître les sadiques. Faites confiance à votre imagination, aux trésors de méchanceté que vous recelez et ne pouvez jamais exprimer : c’est le moment !

Moi et mon look

A partir d’aujourd’hui, la seule personne à laquelle j’ai décidé de plaire, c’est moi. Je change de vie, donc je vais changer de look. Je vais chasser de ma vie son souvenir, ses commentaires. Et pour ça, je vais commencer par effacer la femme qu’il aimait. Ou celle qu’il n’aimait plus. Rencontrerai-je un autre monsieur qui me déshabillera du regard, me complimentera, me critiquera ou bien oubliera de me regarder ? Peut-être que oui, peut-être que non. En attendant j’existe, et j’ai la ferme intention de profiter de la vie. Je ne veux pas être une petite chose fragile et éplorée. Je ne veux pas attendre. Alors, je vais bouger. Et tout chambouler. Ça, c’est ce que l’on se dit au lendemain d’une rupture. Ou quand on étouffe dans sa peau. C’est un premier pas tonique vers la découverte de soi. C’est une chance que toutes les femmes n’ont pas. C’est vrai que même si le quotidien est rassurant, il peut aussi être pesant. Que deux oreillers occupés font une histoire d’amour, mais qu’un ronflement peut transformer une amoureuse en insomniaque… Si Roméo et Juliette s’étaient mariés, il y a fort à parier qu’ils se seraient disputés pour savoir qui devait faire la vaisselle… Fini tout ça, pour l’instant. On passe à la frivolité. Légère et gratifiante. On arrête un tout petit peu de s’occuper des autres pour se soigner et se coucouner. On fait tomber les barrières, on prend des risques. On change de look.

Ce n’est ni un problème de porte-monnaie ni une remise en question fondamentale. Le couple que vous avez formé avec un homme s’est séparé parce que l’amour avait disparu. Ou parce que la vie en commun n’était plus possible. Peu importe qui est parti et pourquoi. L’amour, ça peut s’arrêter. Mais la personne que l’on ne quitte jamais, c’est soi. Alors, autant se plaire et rigoler ! Le cortège des amis va s’occuper de vous ou, au contraire, se détourner. Parce qu’une rupture, ça fait toujours un peu peur aux couples qui restent. Il va falloir rencontrer de nouvelles têtes. Ne plus être la femme ou la fiancée de Machin, mais Machinette, bien dans sa peau et bien dans sa tête,

En attendant, ça se travaille tout ça ! Coiffeur, boutiques, esthéticienne, manucure, chirurgie esthétique ou Prisunic renferment des trésors à tous les prix pour vous refabriquer,


Trois ans plus tard… 

Finalement, les boucles d’oreilles vous flanquent des allergies ; le rimmel vous pique les yeux, le khôl coule, et vous vous préfériez en brune. Dire qu’il y a trois ans vous aviez le sentiment d’accomplir des exploits en changeant I Entre-temps vous avez eu le cheveu court et frisotté ; le look garçon manqué, star, puis branchée-des-Halles. Plus personne ne s’en étonne. La première année, vous vous habilliez uniquement en noir. L’an dernier, vous n’avez porté que du blanc. Aujourd’hui, vous panachez. Bof… Vous avez trouvé votre style. Bien dans la tête, bien dans la fringue. Au fait, quel est l’imbécile qui prétendait que l’habit ne fait pas le moine ? Et si vous lanciez un nouveau dicton : « Qui s’aime bien s’habille bien ? »

Qu’est-ce que c’est chouette d’être seule… et seize remèdes quand ça l’est moins

Vivre seule, c’est formidable. On va voir les films qu’on veut, quand on veut. On peut se mettre les doigts dans le nez quand on en a envie. Retrouver le plaisir du théâtre dont on s’est passé pendant dix ans parce que le monsieur avec lequel on vivait avait horreur de ça. On peut commencer un tube de dentifrice en appuyant en plein milieu. Garder la porte des cabinets grande ouverte. On n’est plus obligée de laisser de l’eau pour le bain du suivant — ni même de prendre un bain si on préfère se laver le visage et les pieds. On peut manger de l’ail et des petits oignons crus sans scrupules ; être parfaitement égoïste et égocentrique ; vivre à son propre rythme. Ne pas être obligée de se barricader dans la salle de bains pour ‘ s’enlever un point noir, n’est-ce pas la plus grande des béatitudes ? Et savoir qu’il reste forcément du shampooing dans la bouteille achetée la semaine dernière puisqu’on a été la seule à s’en servir est un plaisir incommensurable.

Tout cela a l’air futile, mais ne vous y trompez pas : cela va / beaucoup plus loin. Car c’est une découverte de soi-même. ! Dans la vie à deux, on se perd forcément un peu en route. On donne une image de soi et on essaye de correspondre à cette image. On veut faire plaisir à l’autre, on accepte ce que l’autre fait pour vous faire plaisir, même quand ça ne vous fait pas vraiment plaisir. On passe son temps à faire des miniconcessions et on devient une excellente compagne. Mais on ne sait plus qui on est ni ce qu’on veut vraiment. Quand on est seule, on avance vers sa propre vérité. Les plaisirs et les paresses en font partie. Mais il y a le reste : les amis pour lesquels on a des coups de cœur et que l’on peut voir sans se demander s’ils vont plaire à l’autre. La disponibilité qui fait que l’on n’a plus besoin de se justifier, de téléphoner pour dire qu’on sera en retard, f Quand on est seule, la vie est un éventail. Tout est possible, tout est permis. Ou, du moins, rien n’est interdit. On peut même décider de dormir avec un ours en peluche si on en a envie. L’absurde devient rigolo. Les conventions restent pour le dehors, parfois ; mais dedans, dans sa tête et dans sa maison, on est libre. Vivre seule, quand c’est nouveau, c’est savoir que l’on ne commettra jamais les mêmes erreurs, bien sûr. Quand ça ne l’est pas, c’est regarder les autres avec un esprit critique bien acéré. Peut-être pas découvrir ce qu’on veut vraiment, mais savoir très bien ce dont on ne veut pas. Apprendre à dire non. Non, à ce qui vous casse les pieds. Non, je n’ai pas envie de ça, donc je ne le ferai pas. On n’appartient qu’à soi. On est responsable de tout ce : qu’on fait, et même de ce que l’on ne fait pas. On décide de ce que l’on va faire ce soir. On se fait plaisir en sautant un repas. Vivre seule, c’est accéder au souverain égoïsme. On passe sa vie à se soumettre ; à ses parents, à son boulot, à son mari, à ses enfants. Seule, on ne se soumet qu’à soi- même. Et c’est une vraie volupté. Il suffit, d’ailleurs, de demander à ceux qui ne vivent pas seuls ce qu’ils aimeraient faire si tout leur était permis pour s’apercevoir qu’ils répondent « je » avec un parfait naturel quand, en temps normal, ils passent leur vie à dire « on » ou « nous ». ? Voilà ! C’est génial de vivre seule. D’être un individu au milieu d’autres individus. Pas la femme de Robert, ni l’ancienne femme de Marcel, ni la future de Maxime. De se i fabriquer des goûts, des passions; des amours, des amis, des (lectures comme on les aime. Et pas d’adopter des parents, des copains, des concerts, des dîners de famille que l’on vous inflige et que vous n’auriez pas choisis seule. C’est fabuleux d’être seule. D’être soi. Mais il y a quand même des moments où vous allez en baver. Pas plus que si vous viviez en couple, sauf que vous ne pourrez pas rejeter la responsabilité de votre mal-être passager sur un autre. Alors, pour les petits coups de cafard ou les grandes remises en question, voici des remèdes. Seize remèdes aussi farfelus qu’efficaces.