Remède n° 12

Le petit verre

Sans tomber ni sombrer dans l’alcoolisme, il est bien connu qu’un petit verre, c’est bon pour la santé. Un, pas trois, et vous savez pourquoi. Celui dont nous parlons, c’est celui qui donne un peu de langueur et beaucoup d’humour. Après lequel on se demande pourquoi on stresse et on s’angoisse autant, alors qu’il suffit de quelques gouttes pour retrouver la légèreté qui fait parfois cruellement défaut.

Le remède petit verre se négocie plutôt le soir, devant la télé, face aux actualités. Pourquoi les actualités ? D’abord parce que 20 heures c’est un peu tôt pour avaler un somnifère et aller se coucher. Que la lecture, au bout d’une heure, ça n’a amené la soirée qu’à 21 heures, et qu’il reste encore une longue nuit solitaire à affronter. Et puis parce que, s’il est indispensable de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde pour se détourner de son nombril et de ses problèmes, les informations sont rarement réjouissantes. Entre les guerres, les attentats et les prises d’otage, mieux vaut être armée. Et puis, le verre de 20 heures sera suivi d’un dîner qui apaisera tourments et estomac.

Pour être efficace, le petit verre ne doit pas être quotidien mais réservé aux moments de flottement. En cas d’urgence et de nécessité, la dose peut être doublée, mais prendre alors bien soin de décrocher son téléphone pour ne pas passer pour une ivrogne si, d’aventure, quelqu’un venait à vous appeler. Éviter le gros rouge pour ne pas tomber dans le syndrome clochard, celui qui vous remontera à la figure quand vous verrez, hagarde, dans la glace avant d’aller vous plonger dans les bras de Morphée à défaut de ceux de Chéri.

Ce remède doit rester votre jardin secret. Jusqu’à il y a quelques années, il était exclusivement réservé aux hommes. Vous savez bien qu’un homme ivre c’est sympathique et attendrissant, tandis qu’une femme dans le même état est « saoule » et répugnante. C’est comme ça. Le choix du vocabulaire est parfaitement éloquent ! Des dames qui se confectionnent un petit cocktail pour elles toutes seules, c’est triste. Des hommes qui s’avalent un whisky à la sortie du boulot, c’est normal : ils en ont besoin pour faire la transition entre les dures réalités professionnelles et le doux cocon familial.

Refusez ce cliché, mais ne vous contentez pas de taire ce péché mignon inoffensif si les proportions curatives sont respectées et bien espacées : n’intégrez pas cette stupide valeur sociale. Autrement dit, ne culpabilisez pas !

Vivant seule et sans témoin, personne ne vous distraira si la moulinette du vide s’est mise en marche dans votre cervelle. L’arrêter n’est pas si simple. Et si quelques gouttelettes peuvent enrayer la machine, vive les gouttelettes !

Remède n° 11

La voyante ou les copines qui tirent les cartes

Extrêmement réconfortant, qu’on y croie ou pas. Si on y croit, les prédictions vous aident à gagner un peu de sérénité. Si on n’y croit pas, cela permet de se dire qu’on est maîtresse de son destin et de le reprendre en main.

Entre la voyante et les copines un peu sorcières, il existe deux différences : l’argent (ça peut conditionner très fortement le choix) et la convivialité.

La voyante doit se choisir bonne. Inutile d’aller voir une harpie qui se vengera sur vous de ses propres malheurs en vous annonçant pour 40 euros : « Je vois une mort. Une rencontré avec un homme plus âgé que vous, qui va beaucoup vous aider dans votre travail, et un enfant. » Il y a des dames beaucoup plus fortes, et qui travaillent plus sérieusement. Donc, se renseigner avant. Cela fournit cm sujet de conversation intarissable. Les convaincues vous donneront toutes sortes d’exemples de prédictions qui se sont réalisées. Ce qui aura déjà le mérite de vous montrer qu’aucune situation n’est désespérée et que, avec de la patience, on finit toujours par recevoir son petit bout de bonheur ! Ensuite, le rendez-vous. En général, compter quelques semaines de délai entre le coup de fil et la rencontre sérieuse. Profitez-en pour rêver à loisir.

Le jour venu, la dame vous parlera de vous. Déjà thérapeutique en soi. Normalement, elle a un talent de télépathe et doit vous raconter des anecdotes qui confirmeront son don. Normalement aussi, vous devez jouer le jeu et répondre, un peu, à ses questions. Pour la mettre sur la piste. De toute façon, elle va vous épater. Elle verra la rencontre que vous êtes la seule à ne pas croire possible. Les difficultés du travail communes à tout le monde. Que vos parents…, c’est difficile. Qu’elle ait du talent ou pas, peu importe ; l’essentiel, c’est d’y croire. Comme pour le reste.

Si elle vous donne des détails et des repères précis sur votre vie, foncez dans la crédulité. Si elle est bonne, encore une fois elle ne vous décrira pas un avenir idyllique mais vous parlera de « changement de vie ». De déménagement, de difficultés professionnelles que vous surmonterez. De tout ce en quoi vous ne croyez plus aujourd’hui parce que vous allez mal.

Vous aurez droit à quelques conseils, que vous écouterez peut-être un peu plus que ceux des copines, serinés des dizaines de fois. Et vous repartirez contente. Quitte à dire, six mois plus tard, qu’elle s’était complètement plantée. Mais vous savez bien que le temps est relatif pour une voyante ! ! !

Du côté des copines qui tirent les cartes ou qui font le calcul et l’interprétation du thème astral, il existe d’autres joies. Le côté magique et la grâce de l’adolescence retrouvée. Les séances de voyance avec les copines excluent fondamentalement toute présence masculine. Normal : on va y parler uniquement d’amour. Boulot et santé se traitent chez les spécialistes.

Quand le roi de cœur va sortir, vous allez palpiter. Quand la dame de pique va sournoisement poindre le bout de son nez, vous allez maugréer et frissonner. Quand la rentrée d’argent va vous tomber dans les oreilles, vous allez l’investir sans plus tarder. En une heure, vous vous faites une séance de cinéma dont vous êtes l’héroïne. Si la copine est sympa, elle vous prédira tout ce que vous espérez : « Je vois un homme. Mais méfie-toi, il y a une femme dans sa vie. » (Vous en connaissez, vous, des hommes sans femme dans leur vie, à part les adolescents, les vieillards et les cinglés ?) « Mais ça va mal avec elle. » (Vous en connaissez beaucoup, vous, des hommes qui sont parfaitement bien avec leur femme ? Déjà, elle ne les comprend jamais, alors…) Si la copine n’est pas sympa, elle vous annoncera : « Méfie-toi. Je vois une trahison. Tu n’as rien à en attendre. » Dans ce cas, la copine n’est pas si maligne qu’il y paraît. Parce que vous ne la réinviterez jamais… elle vous porterait la poisse ! ! !

Remède n° 10

Je vais faire un enfant

Encore un exemple de remède qui joue plus au niveau de la décision qu’en termes de concrétisation. Pourquoi ? Parce qu’il est évident qu’il s’agit d’un projet intéressant, qui peut donner des raisons de se lever le matin et de ne pas sombrer dans la vraie déprime. Mais alors surtout, surtout, ne pas penser aux levers en pleine nuit et aux problèmes de garde !

Décider de faire un enfant quand on n’en a pas encore et qu’on n’a pas encore vraiment rencontré le papa, c’est décider d’être forte, matériellement autonome, et choisir une stabilité. C’est vouloir construire, avoir assez de générosité et de confiance en soi pour en tirer le meilleur parti possible. Mais, malheureusement, les motivations ne sont pas toujours aussi nettes. Fabriquer un petit humain, c’est en prendre pour dix- huit ans au moins. C’est s’enchaîner à un individu qui ne sera pas forcément blond comme on l’a rêvé, câlin comme on l’aurait voulu.

C’est donner sans compter. Son temps, son amour et son argent. Élever un enfant seule est parfaitement possible, tout le monde en conviendra. Le faire seule est risqué, mais le faire à deux l’est tout autant car le mariage ne dure pas toute la vie — on le sait, on l’a compris et tant mieux ! Le seul hic, c’est que c’est une source de problèmes. La disparition d’une disponibilité et d’un mode de vie ouvert à tous les possibles. Même si la disponibilité est un leurre et l’ouverture une fiction car, en principe, tout le monde a un fil à la patte.

Bref, si la déprime se fait tambourinante et récurrente ; si vos quatre murs hébergent un animal indésirable et encombrant communément appelé cafard ou bourdon selon les dialectes ; si vous en êtes arrivée aux interrogations métaphysiques de base « Où suis-je, qui suis-je, où vais-je, dans quelle étagère (pardon… dans quel état j’erre) ? », décidez de faire un enfant. Vérifiez que votre emploi du temps actuel vous permettra de caser les activités connexes : tricotage, biberon- nage nocturne, cuisinage et consolage. Recensez le nombre de personnes (famille, amis et voisins) aptes à baby-sitter et à recevoir Mouflet ou Mouflette pendant les vacances. Entraînez-vous à dormir cinq heures par nuit, par fractions de deux heures. Et cherchez le géniteur. Pas vraiment indispensable par les temps qui courent, avec l’insémination artificielle et autres petits cadeaux de la science et de la biologie contemporaines, mais préférable. Parce que, tant qu’à faire, autant le faire avec un monsieur qu’avec une éprouvette.

Plancher sur l’organisation pratique qu’implique la mise en œuvre de la décision fécondante peut largement remplir une journée oisive ou une nuit sans sommeil. La lecture des divers traités psychanalytiques sur l’œdipe et autres merveilles de la psychologie est un must qui peut facilement prendre un an. L’enquête auprès des déjà-mères de famille se pratiquera pendant les heures creuses. L’élaboration du discours de justification, indispensable quand on décide d’enfanter seule (pour l’instant, certes, mais il faudra bien assumer en attendant de rencontrer celui qui craquera devant votre tout-petit et votre courage), peut être assez rapide, mais compter une bonne journée quand même. Une journée pour la répétition générale. Encore une journée pour la rédaction de la petite annonce à passer dans Libé, Le Nouvel Obs et Le Chasseur français, ou pour la prospection diplomatique des copains assez généreux pour accepter de vous rendre ce genre de services. Décomptez ladite journée s’il y a dans votre vie un monsieur avec lequel vous ne vivez pas parce qu’il n’en a pas envie, parce que sa femme n’en a pas envie ou parce que vous n’en avez pas envie. Et au travail !

Si, en revanche, toutes ces formalités vous ont découragée ou ont encore plus entamé votre moral, le remède a agi : vous êtes tellement mieux sans enfant. Dans le fond, ça ne va pas si mal, pas vrai ?

Remède n° 9

Je déménage

Attention, il ne s’agit pas de passer à l’acte et de prendre la résolution au pied de la lettre ! Simplement, il y a des jours, comme ça, où tout paraît gris, morne et répétitif. Au lieu de ruminer et de tourner en rond en examinant toutes les raisons qu’on a d’être mal dans sa tête et dans sa vie — Dieu sait s’il y en a ! — pourquoi ne pas profiter du spleen pour faire des projets ?

Si les projets professionnels et amoureux en sont au point mort, s’ils sont amorcés mais pas encore aboutis parce que ça prend du temps, il y en a un, tout bête, qui consiste à décréter qu’on va changer de décor. Rompre avec des habitudes de vie nocives.

Chercher une maison ou un appartement est une activité extrêmement prenante. Ça peut commencer tôt le matin par la lecture des petites annonces. Ça peut continuer pendant la journée par des coups de fil aux agences. Et ça peut distraire, le soir après le boulot, avec la visite des lieux. Au bout d’un mois de ce régime, vous serez exténuée, ronchon, pleine de hargne et acharnée. C’est alors que vous vous apercevrez que vous n’avez pas eu deux secondes pour flipper. Ou que vous trouverez votre home sweet home tellement accueillant en comparaison de tous les gourbis qu’on a osé vous vanter que vous éprouverez une satisfaction depuis longtemps oubliée. « Je change de vie, je déménage » peut aussi se décliner avec une copine. Un autre cœur solitaire. A deux, on peut chercher plus grand parce qu’on a plus de sous. L’étape cohabitation rompra (provisoirement sûrement car, à part en politique, ce genre de situations se termine toujours mal) le monologue stérile de la remise en question, inévitablement lié au coup de bourdon.

Mais le régime de forçat de la pêche à l’appartement miracle n’est pas obligatoire. Tout est affaire de tempérament. Le remède peut être très efficace en une journée seulement. Il suffit alors de décider. Puis de prendre une feuille de papier et de noter ce que l’on cherche, à quel endroit, et combien on peut investir. Deuxième opération : organiser le déménagement. Dresser la liste de ce qu’on va garder, jeter et acheter. Repérer les déménageurs les plus efficaces et les moins chers. Téléphoner aux gens que l’on connaît pour les mettre sur la piste : « Je voudrais déménager, si tu entends parler de quelque chose… » Ça peut faire quelques coups de fil non éplorés, avec un prétexte qui tient parfaitement la route. Laissez planer le doute si vos interlocuteurs supposent tout de suite que vous avez rencontré quelqu’un, et éludez habilement la question pour ne pas retomber à la case départ : « J’en ai marre d’être toute seule, qu’est-ce que je pourrais bien faire pour changer de vie ? »

Autre possibilité : l’appartement qui se libère. Le genre de petits miracles qui se produisent de temps en temps. Qui se libère, et dont on vous parle. Et qui est à votre portée. Pas d’hésitation : saisissez. Vous êtes bien placée pour savoir que les coups de bol sont extrêmement rares et qu’il ne faut jamais les laisser passer.

Pour une fois, la concrétisation de l’objectif importe peu ou reste secondaire. Ce qui compte, c’est la décision. Elle sera bénéfique avant le passage à l’acte. Parce qu’une décision, c’est positif. C’est un désir de changement. Vers un mieux, bien entendu.

Remède n° 8

La séduction tous azimuts

Ne pas confondre avec la drague, qui vous implique bien davantage. L’activité séduction tous azimuts est bien plus simple et gratifiante. Elle consiste à exercer son charme sur les garçons de café, flics et vendeurs de journaux. Entre autres. A décrocher des sourires bouleversants à tous les messieurs que vous côtoyez quotidiennement et que, a priori, vous n’envisagez pas deux secondes de prendre comme amant ou mari. Facile. Très facile, même. Et sympathique. Réussir à pousser un garçon de café hargneux et épuisé, ou hargneux parce qu’épuisé, à vous offrir une goutte de lait dans votre express sans vous la faire facturer relève de l’exploit. Mais quand on y arrive, quel pied ! Ça ne coûte qu’un sourire. Ça peut ensoleiller une journée grisâtre du moral. Et ça redonne confiance. En soi et en la vie. Idem pour le flic qui vous arrête parce que vous avez grillé un feu rouge. Un sourire a toujours plus facilité les choses qu’une grimace ou une engueulade, même quand on l’a au bord des lèvres parce qu’on la rumine depuis des mois. Ça fait partie des moments de grâce de la vie auxquels on est bien plus sensible quand on a la gorge serrée et le cœur toumeboulé.

Évidemment, si vous avez besoin de vous défouler et de trouver un exutoire, si vous forcez le sourire, au point qu’il devient carnassier ou ambigu, le résultat risque d’être à l’inverse de la gratification attendue. Tout cela doit se doser. N’y voyez pas une concession au machisme ambiant ou une trahison de ce que vous êtes. C’est, bien plutôt, une contribution à l’harmonisation des rapports humains dont l’absence est précisément ce qui vous a mis dans cet état. Comment — quel état ? Nous parlons de remède, l’auriez-vous oublié ?

On oublie trop souvent le plaisir narcissique de la séduction. Avec un patron ou un amant éventuel, la légèreté fait défaut et le rejet est une claque au moral. Même si on sait très bien que ça ne peut pas marcher à tous les coups. Avec Robert, du tabac du Terminus, ce qu’on risque, au pire, c’est qu’il s’évertue à vous demander « Madame ? » au bout de six mois, même si vous allez lui acheter tous les matins depuis cent quatre-vingts jours un paquet de cigarettes. Alors que s’il vous vous adresse un sourire complice et vous tend le paquet rouge avant même que vous ayez ouvert la bouche, ça vous fait exister deux minutes pour quelqu’un. Et la multiplication de ces moments, humains tout simplement, tisse un réseau de liens qu’on appelle intimité. Ni compromettant ni déprimant. Au final, ça donne un truc tout bête qu’on appelle souvent joie de vivre. Ce qui vous fait défaut en ce moment.

Bien entendu, la séduction tous azimuts peut parfaitement s’adapter aux femmes. Il en résultera peut-être un plaisir différent, moins « narcissisant ». Mais, en général, ça marche quand même mieux avec les hommes.

Remède n° 7

Les revues féminines

Quand on regarde le tirage des revues de « bonnes femmes », on est assez ahurie. N’empêche que, même si on n’achète que le Monde et L’Expansion pour son boulot, Le Nouvel Obs pour être dans le coup, la revue féminine a un pouvoir thérapeutique absolument formidable. Le rapport qualité/prix défie toute concurrence. L’avantage est également que ça se passe, et qu’on peut parfaitement se mettre à plusieurs pour grouper les achats. Il y a, bien sûr, les pages de mode toujours un peu énervantes quand on a des crampes au portefeuille, mais les délices du courrier du cœur ou des confidences d’autres femmes qu’on croirait heureuses « parce qu’elles ont tout pour l’être » (tiens, tiens, on ne vous l’a pas déjà faite, celle-là ?) et qui ne le sont finalement pas, ça console que c’en est un plaisir. Sans compter les tests dont ces magazines sont friands et qui finissent tous par prouver qu’on est géniale. Sinon, c’est qu’ils sont mal foutus. Il y a aussi un plaisir propre aux revues féminines : l’horoscope. Savoir que la Balance veillera sur vous le mois prochain, ça donne confiance dans l’humanité. Même si on ne connaît pas de Balance — on en rencontrera peut-être une ? Ou si votre ex était justement Balance — peut-être qu’il reviendra ? Tous les fantasmes sont permis, étalés sur papier glacé. Le récit de la frigidité de Julie-qui-s’en-est-sortie-à-quarante ans est réjouissant, non ? Au moins, c’est un malheur que vous n’aurez pas connu. Et si vous en doutez, vous voyez bien qu’on s’en sort !

La revue féminine est un must. Il faut toujours en avoir une sur sa table de nuit en cas d’insomnie. Le plaisir de plonger dans des « histoires idiotes » à 4 heures du matin, cigarette au bec et tablettes de chocolat à l’appui, ne se partage pas. Quand on a compté 848 moutons, refait pour la soixantième fois l’etat de son carnet de chèques ou pleuré parce qu’on a les pieds très froids et que, d’un seul coup, l’absence de deux autres pieds réchauffants devient un supplice, la revue féminine permet d’apprendre une recette de cuisine ou de fondre de plaisir en lisant les confidences du si gentil Alain Souchon (sûrement pas le seul homme à parler aussi bien des femmes et à les aimer —, ça redonne espoir et confiance !).

C’est un regard différent sur la vie. Certains jouent dans l’humour, d’autres sont plus stricts et BCBG. Tout le jeu et le plaisir consiste à lire les magazines dont on n’est pas la cible. On y découvre alors des théories saugrenues et un monde insoupçonné qui peuvent soit être profitables soit réconfortants. On sait alors ce que le mode de vie en solo implique de rejet, et on se sent déjà un peu mieux !

Remède n° 6

Les « PSY »

Inutile de passer au chapitre suivant avant d’avoir lu celui-ci. Les « psy » ou réducteurs de têtes, comme les appellent les Américains qui en ont pourtant fait un usage copieux, ne sont pas tous des cinglés à fuir d’urgence. S’en sortir toute seule est une chose. Comprendre pourquoi on en est arrivée là en est une autre. L’introspection est une activité déprimante. Les confidences aux copines soulagent, mais ne font pas avancer le schmilblick car les copines conseillent. En fonction de leur personnalité.

Le psy est passé de mode, c’est peut-être bon signe. Il présente plusieurs vertus. Évidemment, le remède n’est pas immédiat et prend parfois plusieurs années, mais il a le mérite d’être ; constructif et de constituer une stratégie de mieux-être à long : terme. Tout le monde s’accordera pour vous dire que « ça ira mieux le jour où tu rencontreras l’homme de ta vie » ; mais il faut quand même remarquer que les personnes qui prodiguent ce genre de conseil ne sont pas toujours des modèles d’équilibre et que le monsieur qui traîne dans leur vie, si monsieur il y a, n’a pas l’air de les porter au zénith de l’extase 24 heures sur 24. Il y a donc sûrement autre chose pour aller bien.

Autre mérite de la fréquentation d’un psy : aller deux fois par semaine voir un monsieur ou une dame que l’on paye pour parler de soi, et uniquement de soi, et qui adore qu’on lui dise ce qu’on ne peut dire à personne — qu’on a envie de tuer sa mère avec de l’arsenic, par exemple, ou qu’on jetterait bien son bébé par la fenêtre quand il s’obstine à pleurer des heures d’affilée, etc. C’est formidablement gratifiant pour l’ego. En plus, une fois qu’on a mordu au truc, on pige tout. On comprend beaucoup mieux les autres. C’est merveilleusement déculpabilisant. On découvre d’un seul coup que si Bigboss ne vous a pas accordé l’augmentation que vous lui avez demandée c’est parce qu’il avait un problème avec sa femme, ou parce que vous la lui avez mal demandée (normal : vous êtes mal dans votre peau, sinon pourquoi iriez-vous voir un psy ?). Sans compter que certains psy font des feuilles de Sécurité sociale et que l’investissement n’est pas toujours exhorbitant. Évidemment, c’est long. Mais le résultat, constaté sur celles qui se sont accrochées, en vaut la chandelle.

Par ailleurs, parce que c’est long justement, ça peut donner un sens à une vie qui n’en a pas énormément pour l’instant. Bref, ça meuble, c’est intellectuellement enrichissant — et à qui d’autre pourrait-on raconter pendant des heures qu’on ne s’est jamais remise de la naissance de la saleté de petite sœur qui vous a coupée de l’amour divin et exclusif de Maman ou de Papa ? Et qui d’autre vous fera comprendre que, si vous êtes seule pour le moment, c’est parce que vous avez si peur de perdre l’amour exclusif de Pierre, Paul ou Jacques que vous préférez ne pas le rencontrer ? La psy, c’est un travail qui frise parfois la magie. Parce qu’on a beau « comprendre et savoir », ce n’est pas dans la tête que tout se joue mais dans les tripes. Et à part le divan, les tripes ne se dénouent pas toutes seules. Faites-en ce que voulez. Mais, si dans trois ans vous en êtes au même point, si vous vous traînez lamentablement en répétant « à quoi bon ? » ou si vous êtes souvent victime de crises qui vous font tomber dans des flaques de vide incommensurables, il est peut-être temps de laisser tomber le dédain et le « je m’en sortirai toute seule ». De toute façon, l’analyse c’est toute seule que vous la ferez, et c’est un sacré boulot !

Remède n° 5

Les enfants des autres

On n’a encore pas trouvé de meilleur remède contre le coup de bourdon. Écouter ces charmants bambins raconter leurs aventures scolaires est un baume dont on devrait envisager la commercialisation… Ça vous sort magnifiquement du vide.

Les sœurs, frères et copines qui vivent « normalement » en ont des floppées dont ils sont souvent ravis de se débarrasser pour profiter de plages de solitude inconnues et convoitées, ô combien ! La vie est mal foutue. D’un côté, celles qui « ont la chance d’être libres et de pouvoir faire ce qu’elles veulent » ; de l’autre celles qui « n’ont pas une minute pour être enfin seules ». L’échange standard occasionnel a de multiples vertus. Opération B.A., bonne conscience garantie. Plus détournement de pensées nauséabondes garanties. Avec les gosses, il faut répondre à des questions idiotes avec assurance et conviction. Veiller à ce qu’ils ne se fassent pas écraser en traversant. Faire pipi en collectivité. Réexpliquer cinquante fois que les filles, c’est aussi bien que les garçons et peut-être même mieux. A la fin d’une journée comme ça, on respire le calme et la solitude avec volupté et on se dit que, finalement, la vie seule est un luxe et un plaisir incommensurable !

Remède n° 4

Le vieux copain

Le vieux copain, c’est celui qui est vaguement amoureux de vous, esseulé et toujours prêt à vous sortir. C’est une race d’hommes qui existe. Et dans laquelle il ne faut pas hésiter à piocher quand le cafard est provoqué par une absence d’homme dans votre vie.

C’est un monsieur qui vous admire. Auquel vous faites sans doute un peu peur. Et que vous aimez bien mais que vous ne verriez pas deux secondes sous votre couette. Ou alors tout seul, pendant que vous êtes sous celle d’un autre ou en vacances. Reste que c’est un homme. En compagnie duquel vous pouvez vous entraîner sans risque au petit jeu de la séduction. Auquel vous pouvez demander des conseils professionnels parce qu’il adorera se sentir utile et protecteur. Avec qui vous pourrez aller dîner au restaurant où vous n’osez pas encore aller seule.

Qui vous sécurise assez pour vous donner — presque — le sentiment que c’est un vieux mari. Si vous ne l’avez pas encore, ce vieux copain, cherchez~le de toute urgence. En général il se trouve plus facilement que l’homme-de votre vie. L’engagement n’est qu’amical, même s’il flotte un parfum de fantasme. La seule condition : être claire dès le départ. Cela étant, le vieux copain peut parfaitement être un ex. Mais rarement un ancien mari, à cause du contentieux.

Remède n° 3

Les copines qui flippent

Car, comme chacun le sait, rien ne remonte plus le moral que de voir plus malheureux que soi. Passer une après-midi ou une soirée avec une copine qui flippe n’a rien d’un acte de sadisme ; au contraire, c’est en même temps une B.A. Les oreilles compatissantes se font rares de nos jours et se payent cher en général (voir le psychanalyste). Écouter les doléances de quelqu’un qu’on aime bien mais qui va mal c’est, avant tout, oublier ses propres problèmes. Dans un deuxième temps, la démarche est valorisante car elle permet de glisser quelques conseils en plaçant des bribes de son histoire personnelle. Le rôle d’égérie est toujours plutôt sympathique. Enfin, quelques heures passées avec les tourments réels ou imaginaires de quelqu’un d’autre permettent souvent de se dire, à la sortie, « La pôvre, qu’est-ce qu’elle se débrouille mal ! Moi je m’en sors quand même mieux, finalement… »