bébé seule

Remède n° 10

Je vais faire un enfant

Encore un exemple de remède qui joue plus au niveau de la décision qu’en termes de concrétisation. Pourquoi ? Parce qu’il est évident qu’il s’agit d’un projet intéressant, qui peut donner des raisons de se lever le matin et de ne pas sombrer dans la vraie déprime. Mais alors surtout, surtout, ne pas penser aux levers en pleine nuit et aux problèmes de garde !

Décider de faire un enfant quand on n’en a pas encore et qu’on n’a pas encore vraiment rencontré le papa, c’est décider d’être forte, matériellement autonome, et choisir une stabilité. C’est vouloir construire, avoir assez de générosité et de confiance en soi pour en tirer le meilleur parti possible. Mais, malheureusement, les motivations ne sont pas toujours aussi nettes. Fabriquer un petit humain, c’est en prendre pour dix- huit ans au moins. C’est s’enchaîner à un individu qui ne sera pas forcément blond comme on l’a rêvé, câlin comme on l’aurait voulu.

C’est donner sans compter. Son temps, son amour et son argent. Élever un enfant seule est parfaitement possible, tout le monde en conviendra. Le faire seule est risqué, mais le faire à deux l’est tout autant car le mariage ne dure pas toute la vie — on le sait, on l’a compris et tant mieux ! Le seul hic, c’est que c’est une source de problèmes. La disparition d’une disponibilité et d’un mode de vie ouvert à tous les possibles. Même si la disponibilité est un leurre et l’ouverture une fiction car, en principe, tout le monde a un fil à la patte.

Bref, si la déprime se fait tambourinante et récurrente ; si vos quatre murs hébergent un animal indésirable et encombrant communément appelé cafard ou bourdon selon les dialectes ; si vous en êtes arrivée aux interrogations métaphysiques de base « Où suis-je, qui suis-je, où vais-je, dans quelle étagère (pardon… dans quel état j’erre) ? », décidez de faire un enfant. Vérifiez que votre emploi du temps actuel vous permettra de caser les activités connexes : tricotage, biberon- nage nocturne, cuisinage et consolage. Recensez le nombre de personnes (famille, amis et voisins) aptes à baby-sitter et à recevoir Mouflet ou Mouflette pendant les vacances. Entraînez-vous à dormir cinq heures par nuit, par fractions de deux heures. Et cherchez le géniteur. Pas vraiment indispensable par les temps qui courent, avec l’insémination artificielle et autres petits cadeaux de la science et de la biologie contemporaines, mais préférable. Parce que, tant qu’à faire, autant le faire avec un monsieur qu’avec une éprouvette.

Plancher sur l’organisation pratique qu’implique la mise en œuvre de la décision fécondante peut largement remplir une journée oisive ou une nuit sans sommeil. La lecture des divers traités psychanalytiques sur l’œdipe et autres merveilles de la psychologie est un must qui peut facilement prendre un an. L’enquête auprès des déjà-mères de famille se pratiquera pendant les heures creuses. L’élaboration du discours de justification, indispensable quand on décide d’enfanter seule (pour l’instant, certes, mais il faudra bien assumer en attendant de rencontrer celui qui craquera devant votre tout-petit et votre courage), peut être assez rapide, mais compter une bonne journée quand même. Une journée pour la répétition générale. Encore une journée pour la rédaction de la petite annonce à passer dans Libé, Le Nouvel Obs et Le Chasseur français, ou pour la prospection diplomatique des copains assez généreux pour accepter de vous rendre ce genre de services. Décomptez ladite journée s’il y a dans votre vie un monsieur avec lequel vous ne vivez pas parce qu’il n’en a pas envie, parce que sa femme n’en a pas envie ou parce que vous n’en avez pas envie. Et au travail !

Si, en revanche, toutes ces formalités vous ont découragée ou ont encore plus entamé votre moral, le remède a agi : vous êtes tellement mieux sans enfant. Dans le fond, ça ne va pas si mal, pas vrai ?