boire un verre

Remède n° 12

Le petit verre

Sans tomber ni sombrer dans l’alcoolisme, il est bien connu qu’un petit verre, c’est bon pour la santé. Un, pas trois, et vous savez pourquoi. Celui dont nous parlons, c’est celui qui donne un peu de langueur et beaucoup d’humour. Après lequel on se demande pourquoi on stresse et on s’angoisse autant, alors qu’il suffit de quelques gouttes pour retrouver la légèreté qui fait parfois cruellement défaut.

Le remède petit verre se négocie plutôt le soir, devant la télé, face aux actualités. Pourquoi les actualités ? D’abord parce que 20 heures c’est un peu tôt pour avaler un somnifère et aller se coucher. Que la lecture, au bout d’une heure, ça n’a amené la soirée qu’à 21 heures, et qu’il reste encore une longue nuit solitaire à affronter. Et puis parce que, s’il est indispensable de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde pour se détourner de son nombril et de ses problèmes, les informations sont rarement réjouissantes. Entre les guerres, les attentats et les prises d’otage, mieux vaut être armée. Et puis, le verre de 20 heures sera suivi d’un dîner qui apaisera tourments et estomac.

Pour être efficace, le petit verre ne doit pas être quotidien mais réservé aux moments de flottement. En cas d’urgence et de nécessité, la dose peut être doublée, mais prendre alors bien soin de décrocher son téléphone pour ne pas passer pour une ivrogne si, d’aventure, quelqu’un venait à vous appeler. Éviter le gros rouge pour ne pas tomber dans le syndrome clochard, celui qui vous remontera à la figure quand vous verrez, hagarde, dans la glace avant d’aller vous plonger dans les bras de Morphée à défaut de ceux de Chéri.

Ce remède doit rester votre jardin secret. Jusqu’à il y a quelques années, il était exclusivement réservé aux hommes. Vous savez bien qu’un homme ivre c’est sympathique et attendrissant, tandis qu’une femme dans le même état est « saoule » et répugnante. C’est comme ça. Le choix du vocabulaire est parfaitement éloquent ! Des dames qui se confectionnent un petit cocktail pour elles toutes seules, c’est triste. Des hommes qui s’avalent un whisky à la sortie du boulot, c’est normal : ils en ont besoin pour faire la transition entre les dures réalités professionnelles et le doux cocon familial.

Refusez ce cliché, mais ne vous contentez pas de taire ce péché mignon inoffensif si les proportions curatives sont respectées et bien espacées : n’intégrez pas cette stupide valeur sociale. Autrement dit, ne culpabilisez pas !

Vivant seule et sans témoin, personne ne vous distraira si la moulinette du vide s’est mise en marche dans votre cervelle. L’arrêter n’est pas si simple. Et si quelques gouttelettes peuvent enrayer la machine, vive les gouttelettes !