remède 2

Remède n° 2

Le shopping-Valium

Ou la grande java de l’ego. Ça s’appelle se faire un petit cadeau. Peut-être une fringue somptueuse dont vous rêvez depuis longtemps et qui vous endettera ? Non, vraiment pas raisonnable en ce moment ? Allez quand même l’essayer, vous achèterez des collants bleus à pois noirs en sortant. Un beau meuble pour votre maison parce que ce canapé défoncé, plein de taches, est devenu une agression visuelle et un symbole de la décrépitude de votre vie ? Catalogues à chercher. Allez vous prélasser dans les show-rooms de Roche-et- Bobois ou des designers à la mode. Testez. Vous ne pouvez pas vous l’offrir ? Quelle importance ! Et ce sac à main usé jusqu’à la corde que vous chérissez comme jadis votre nounours en peluche ? La folie n’est pas que chez Hermès. A Prisunic, il y a des besaces marrantes, en toile ou en plastique, qui constituent peut-être un défi aux conventions du bon goût, mais qui sont parfaitement admises et regardées avec sympathie par celles qui n’osent pas le plastique et confondent signe extérieur de richesse avec signe extérieur de personnalité. Et si vous faites l’achat-Valium, il y a fort à parier que vous ne le regretterez pas ! Découvert à la banque 7 Mais la qualité perdure des années ! Stupidité du machin qui ne vous va pas et que vous n’oserez jamais porter 7 Mais vous l’échangerez bien avec une copine ! Le shopping-Valium, ça peut aussi très bien se situer au niveau de l’estomac. Une petite folie en forme de tranchette de saumon et de blini. Ou quatre tablettes de chocolat formellement interdites par votre régime. Ce qui compte, c’est acheter. Dépenser de l’argent, même pour une plante, même pour un tee-shirt. Se sentir un rouage de l’économie capitaliste. Si c’est idiot, cela n’a aucune importance. Le fric est fait pour ça aussi ; pas seulement pour payer le loyer, la crèche, les factures et les supermarchés. Mais aussi pour se gratifier. Faire les magasins, quand on a du temps devant soi, quel luxe ! Même deux heures dans un centre commercial. Si on trouve, tant mieux. Si on ne trouve pas, c’est tout aussi satisfaisant. Amusez-vous alors à compter combien vous avez fait d’économies. Faites le calcul de ce que vous auriez dépensé si vous aviez acheté tout ce qui vous a séduite. Vous pouvez être fière d’avoir été si raisonnable. Et n’oubliez pas de passer à la parfumerie ou au Prisu du coin pour vous offrir une petite gâterie avant de vous écrouler pour cause de saine fatigue.