Chez le psy

Remède n° 6

Les « PSY »

Inutile de passer au chapitre suivant avant d’avoir lu celui-ci. Les « psy » ou réducteurs de têtes, comme les appellent les Américains qui en ont pourtant fait un usage copieux, ne sont pas tous des cinglés à fuir d’urgence. S’en sortir toute seule est une chose. Comprendre pourquoi on en est arrivée là en est une autre. L’introspection est une activité déprimante. Les confidences aux copines soulagent, mais ne font pas avancer le schmilblick car les copines conseillent. En fonction de leur personnalité.

Le psy est passé de mode, c’est peut-être bon signe. Il présente plusieurs vertus. Évidemment, le remède n’est pas immédiat et prend parfois plusieurs années, mais il a le mérite d’être ; constructif et de constituer une stratégie de mieux-être à long : terme. Tout le monde s’accordera pour vous dire que « ça ira mieux le jour où tu rencontreras l’homme de ta vie » ; mais il faut quand même remarquer que les personnes qui prodiguent ce genre de conseil ne sont pas toujours des modèles d’équilibre et que le monsieur qui traîne dans leur vie, si monsieur il y a, n’a pas l’air de les porter au zénith de l’extase 24 heures sur 24. Il y a donc sûrement autre chose pour aller bien.

Autre mérite de la fréquentation d’un psy : aller deux fois par semaine voir un monsieur ou une dame que l’on paye pour parler de soi, et uniquement de soi, et qui adore qu’on lui dise ce qu’on ne peut dire à personne — qu’on a envie de tuer sa mère avec de l’arsenic, par exemple, ou qu’on jetterait bien son bébé par la fenêtre quand il s’obstine à pleurer des heures d’affilée, etc. C’est formidablement gratifiant pour l’ego. En plus, une fois qu’on a mordu au truc, on pige tout. On comprend beaucoup mieux les autres. C’est merveilleusement déculpabilisant. On découvre d’un seul coup que si Bigboss ne vous a pas accordé l’augmentation que vous lui avez demandée c’est parce qu’il avait un problème avec sa femme, ou parce que vous la lui avez mal demandée (normal : vous êtes mal dans votre peau, sinon pourquoi iriez-vous voir un psy ?). Sans compter que certains psy font des feuilles de Sécurité sociale et que l’investissement n’est pas toujours exhorbitant. Évidemment, c’est long. Mais le résultat, constaté sur celles qui se sont accrochées, en vaut la chandelle.

Par ailleurs, parce que c’est long justement, ça peut donner un sens à une vie qui n’en a pas énormément pour l’instant. Bref, ça meuble, c’est intellectuellement enrichissant — et à qui d’autre pourrait-on raconter pendant des heures qu’on ne s’est jamais remise de la naissance de la saleté de petite sœur qui vous a coupée de l’amour divin et exclusif de Maman ou de Papa ? Et qui d’autre vous fera comprendre que, si vous êtes seule pour le moment, c’est parce que vous avez si peur de perdre l’amour exclusif de Pierre, Paul ou Jacques que vous préférez ne pas le rencontrer ? La psy, c’est un travail qui frise parfois la magie. Parce qu’on a beau « comprendre et savoir », ce n’est pas dans la tête que tout se joue mais dans les tripes. Et à part le divan, les tripes ne se dénouent pas toutes seules. Faites-en ce que voulez. Mais, si dans trois ans vous en êtes au même point, si vous vous traînez lamentablement en répétant « à quoi bon ? » ou si vous êtes souvent victime de crises qui vous font tomber dans des flaques de vide incommensurables, il est peut-être temps de laisser tomber le dédain et le « je m’en sortirai toute seule ». De toute façon, l’analyse c’est toute seule que vous la ferez, et c’est un sacré boulot !