revue feminine

Remède n° 7

Les revues féminines

Quand on regarde le tirage des revues de « bonnes femmes », on est assez ahurie. N’empêche que, même si on n’achète que le Monde et L’Expansion pour son boulot, Le Nouvel Obs pour être dans le coup, la revue féminine a un pouvoir thérapeutique absolument formidable. Le rapport qualité/prix défie toute concurrence. L’avantage est également que ça se passe, et qu’on peut parfaitement se mettre à plusieurs pour grouper les achats. Il y a, bien sûr, les pages de mode toujours un peu énervantes quand on a des crampes au portefeuille, mais les délices du courrier du cœur ou des confidences d’autres femmes qu’on croirait heureuses « parce qu’elles ont tout pour l’être » (tiens, tiens, on ne vous l’a pas déjà faite, celle-là ?) et qui ne le sont finalement pas, ça console que c’en est un plaisir. Sans compter les tests dont ces magazines sont friands et qui finissent tous par prouver qu’on est géniale. Sinon, c’est qu’ils sont mal foutus. Il y a aussi un plaisir propre aux revues féminines : l’horoscope. Savoir que la Balance veillera sur vous le mois prochain, ça donne confiance dans l’humanité. Même si on ne connaît pas de Balance — on en rencontrera peut-être une ? Ou si votre ex était justement Balance — peut-être qu’il reviendra ? Tous les fantasmes sont permis, étalés sur papier glacé. Le récit de la frigidité de Julie-qui-s’en-est-sortie-à-quarante ans est réjouissant, non ? Au moins, c’est un malheur que vous n’aurez pas connu. Et si vous en doutez, vous voyez bien qu’on s’en sort !

La revue féminine est un must. Il faut toujours en avoir une sur sa table de nuit en cas d’insomnie. Le plaisir de plonger dans des « histoires idiotes » à 4 heures du matin, cigarette au bec et tablettes de chocolat à l’appui, ne se partage pas. Quand on a compté 848 moutons, refait pour la soixantième fois l’etat de son carnet de chèques ou pleuré parce qu’on a les pieds très froids et que, d’un seul coup, l’absence de deux autres pieds réchauffants devient un supplice, la revue féminine permet d’apprendre une recette de cuisine ou de fondre de plaisir en lisant les confidences du si gentil Alain Souchon (sûrement pas le seul homme à parler aussi bien des femmes et à les aimer —, ça redonne espoir et confiance !).

C’est un regard différent sur la vie. Certains jouent dans l’humour, d’autres sont plus stricts et BCBG. Tout le jeu et le plaisir consiste à lire les magazines dont on n’est pas la cible. On y découvre alors des théories saugrenues et un monde insoupçonné qui peuvent soit être profitables soit réconfortants. On sait alors ce que le mode de vie en solo implique de rejet, et on se sent déjà un peu mieux !