remède 7

Remède n° 8

La séduction tous azimuts

Ne pas confondre avec la drague, qui vous implique bien davantage. L’activité séduction tous azimuts est bien plus simple et gratifiante. Elle consiste à exercer son charme sur les garçons de café, flics et vendeurs de journaux. Entre autres. A décrocher des sourires bouleversants à tous les messieurs que vous côtoyez quotidiennement et que, a priori, vous n’envisagez pas deux secondes de prendre comme amant ou mari. Facile. Très facile, même. Et sympathique. Réussir à pousser un garçon de café hargneux et épuisé, ou hargneux parce qu’épuisé, à vous offrir une goutte de lait dans votre express sans vous la faire facturer relève de l’exploit. Mais quand on y arrive, quel pied ! Ça ne coûte qu’un sourire. Ça peut ensoleiller une journée grisâtre du moral. Et ça redonne confiance. En soi et en la vie. Idem pour le flic qui vous arrête parce que vous avez grillé un feu rouge. Un sourire a toujours plus facilité les choses qu’une grimace ou une engueulade, même quand on l’a au bord des lèvres parce qu’on la rumine depuis des mois. Ça fait partie des moments de grâce de la vie auxquels on est bien plus sensible quand on a la gorge serrée et le cœur toumeboulé.

Évidemment, si vous avez besoin de vous défouler et de trouver un exutoire, si vous forcez le sourire, au point qu’il devient carnassier ou ambigu, le résultat risque d’être à l’inverse de la gratification attendue. Tout cela doit se doser. N’y voyez pas une concession au machisme ambiant ou une trahison de ce que vous êtes. C’est, bien plutôt, une contribution à l’harmonisation des rapports humains dont l’absence est précisément ce qui vous a mis dans cet état. Comment — quel état ? Nous parlons de remède, l’auriez-vous oublié ?

On oublie trop souvent le plaisir narcissique de la séduction. Avec un patron ou un amant éventuel, la légèreté fait défaut et le rejet est une claque au moral. Même si on sait très bien que ça ne peut pas marcher à tous les coups. Avec Robert, du tabac du Terminus, ce qu’on risque, au pire, c’est qu’il s’évertue à vous demander « Madame ? » au bout de six mois, même si vous allez lui acheter tous les matins depuis cent quatre-vingts jours un paquet de cigarettes. Alors que s’il vous vous adresse un sourire complice et vous tend le paquet rouge avant même que vous ayez ouvert la bouche, ça vous fait exister deux minutes pour quelqu’un. Et la multiplication de ces moments, humains tout simplement, tisse un réseau de liens qu’on appelle intimité. Ni compromettant ni déprimant. Au final, ça donne un truc tout bête qu’on appelle souvent joie de vivre. Ce qui vous fait défaut en ce moment.

Bien entendu, la séduction tous azimuts peut parfaitement s’adapter aux femmes. Il en résultera peut-être un plaisir différent, moins « narcissisant ». Mais, en général, ça marche quand même mieux avec les hommes.